Art céramique.black sama

Je travaille dans une zone grise, un espace mouvant où l’artisanat devient un langage plastique et où l’art garde la mémoire du geste.
Je tourne, j’assemble, je cherche. Chaque pièce est une expérience de matière, de tension, de forme. J’aime ce moment où la technique cesse d’être un outil pour devenir un territoire.

Dans ma pratique, certaines idées s’imposent comme des lignes de force : le geste comme langage, la forme comme sujet.
Les deux notions présentées ici, Tournage contemporain et Art sans ciblestructurent ma démarche.
 

Tournage contemporain

Le tournage est ici envisagé comme un acte plastique autonome, et non comme une simple technique de fabrication.
La forme n’est pas conçue pour répondre à une fonction, ni pour illustrer un concept extérieur : elle est le résultat direct d’un geste répété, contraint, maintenu sous tension.

Le tour impose un axe.
Ce travail consiste à rompre cet axe sans le détruire, à déplacer les masses, à créer des déséquilibres réels qui tiennent par compensation, par retenue, par points d’appui internes.
La stabilité n’est jamais donnée : elle est construite, négociée, parfois précaire.

Les pièces résultent d’une accumulation de décisions physiques : pression, vitesse, centrage, retrait.
Le mouvement circulaire ne sert pas à produire une régularité, mais à inscrire une pulsation dans la matière.
Chaque variation, chaque infime décalage participe à un rythme global, visible dans la forme finale.

Les modules, lorsqu’ils sont assemblés, ne composent pas une architecture ni un empilement.
Ils entretiennent entre eux des relations de tension, de glissement, de dépendance.
L’équilibre n’est jamais symétrique : il est obtenu par déplacement, par opposition des volumes, par ajustement.

Ce travail ne cherche ni la virtuosité démonstrative, ni l’effacement du geste.
Le geste est présent, mais contenu.
Il ne s’agit pas de montrer le mouvement, mais d’en figer les effets.

Le tournage n’est donc pas un moyen.
Il est le sujet même de la sculpture.
Ce qui est donné à voir n’est pas une forme idéale, mais un état : celui d’une matière tenue, résistante, engagée dans un rapport de forces.

 

Art sans cible

Art sans cible est une philosophie de création libre et délibérément affranchie de tout objectif imposé. 

Cette posture s’inscrit dans une tradition artistique plus vaste, en écho à la pensée de René Magritte : « Ceci n’est pas une pipe. »

Ce n'est donc pas une cible, mais la représentation graphique d'une cible.
Les séries Samā et Skyline sont les manifestations concrètes de cette pensée. Elles ne cherchent pas à convaincre, illustrer ou séduire, mais à exister pleinement, dans l’autonomie de leur présence plastique.

Art sans cible est un refus poétique de la cible mais aussi un jeu de mot pourri et humain.

 

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